Les résidus d’attention : un fléau dont on ne fait pas assez attention

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Je suis en train de lire le livre de Cal Newport : « Deep work » (en anglais uniquement). Dans ce livre, l’auteur rabâche un thème : l’importance du travail profond (deep work), qu’il oppose au travail superficiel (shallow work).
Je vous reparlerais sûrement de ce livre. Pour aujourd’hui, une idée particulière a retenu mon attention : les résidus d’attention justement !
Nous savons depuis longtemps que nous ne pouvons pas mener, consciemment du moins, plusieurs tâches en même temps. Ce que nous pouvons faire, c’est simplement alterner rapidement d’une tâche à l’autre. Et c’est ce que beaucoup d’entre nous sont obligés de faire à une vitesse folle : écrire un document, répondre à un email, jeter un coup d’œil à une notification, répondre à un collègue. Mais aussi tout simplement passer d’un sujet à l’autre : remplir une note de frais puis réserver un rendez-vous la semaine prochaine puis enchaîner plusieurs réunions, puis lire un rapport sur un projet puis écrire un article sur un autre projet puis …Cerveau en action
Cela peut paraître une qualité formidable de pouvoir enchaîner les activités, et nombre de personne vous diront qu’elles le font avec un certain succès. Pourtant, les neurosciences nous apprennent qu’il est plus difficile qu’il n’y parait de quitter une activité pour en reprendre une autre. Même si notre conscience parait avoir changé de sujet, notre inconscient continue de travailler sur le sujet précédent, et cela, pendant plusieurs minutes : c’est ce qu’on appelle le résidu d’attention, ce qui continue à tourner dans notre tête alors qu’on est passé à un autre sujet. Cela peut paraître inoffensif, car nous n’en sommes pas forcément conscients, mais ce résidu d’attention divise notre attention.
Cela a été mesuré scientifiquement par le professeur Sophie Leroy, de l’université du Minnesota. Elle a tiré la conclusion suivante :
* plus les résidus d’attention sont intenses, plus les performances sur les tâches suivantes sont faibles
* plus une tâche est de faible intensité et avec des contours non définis (objectif peu clair, tâche non finalisée) plus le résidu d’attention est important.

Que peut-on déduire de ces deux conclusions ? Prenons par exemple une personne qui est sur une tâche de fond lui réclamant tout son attention : la rédaction d’un article. Au bout de 20 min, elle s’arrête pour jeter un coup d’œil à sa boite email, s’aperçoit qu’elle a reçu un email d’une agence de voyage qui lui demande de confirmer un billet et se dit qu’elle y répondra plus tard.
Sans qu’elle s’en rende compte, et alors qu’elle a de suite repris son travail de rédaction, sa capacité de concentration a diminué à cause du résidu d’attention lié à la lecture de l’email. Ce résidu sera d’autant plus important qu’elle n’a pas répondu à l’email justement.

Sophie Leroy nous apprend donc qu’avoir sa boite email constamment ouverte ou ne lire ces emails que toutes les 30 minutes ne font finalement pas une grande différence. Si on veut s’assurer que notre performance est maximale sur une tâche, il faut pouvoir s’y consacrer totalement et exclusivement pendant un long moment. La lecture des emails ne devraient être faites qu’une à deux fois par jour, et se terminer par le vidage complet de son Inbox.